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Le Maghreb tourne la page des gouvernements islamistes



Coup sur coup, les déconvenues se sont succédées pour les Frères musulmans au Maghreb, depuis le printemps 2021. Des législatives algériennes, en avril, aux élections générales marocaines, en septembre, en passant par le coup de force institutionnel du Président Kaïs Saïed en Tunisie, en juillet, les pays du Maghreb ont tourné – chacun à sa manière – la page des gouvernements islamistes arrivés (ou associés) au pouvoir, un décennie auparavant, dans le sillage du « Printemps arabe »

Par Atmane Tazaghart

En Algérie, les islamistes du Hamas ont subi un échec électoral cuisant. Ils espéraient faire des législatives du 12 juin l’occasion de réitérer l’entrisme qui leur avait permis d’intégrer la majorité présidentielle, durant le règne du Président déchu, Abdelaziz Bouteflika.

Pis encore, les Frères algériens se sont positionnés pour devenir le pivot de la majorité parlementaire dont le nouveau Président, Abdelmadjid Tebboune, avait absolument besoin pour tenir tête aux clans qui lui sont hostiles dans les rouages du régime algérien. Car les partis nationalistes, qui constituaient les satellites traditionnels du pouvoir, ont été laminés par le Hirak (le soulèvement populaire qui a emporté la dynastie des Bouteflika), comme ce fut le cas du FLN ou du RND, dont les principaux leaders ont été emprisonnés pour corruption. À un moment, le Président Tebboune a effectivement envisagé d’appuyer sa majorité présidentielle sur les islamistes dits ‘‘modérés’’. Il n’a d’ailleurs pas hésiter à faire leur éloge, lors d’une célèbre interview à l’hebdomadaire Le Point, affirmant que, contrairement aux islamistes des années 1990, ceux d’aujourd’hui ne sont pas ‘‘idéologiques’’ !

Sauf, qu’à la surprise générale, au soir du scrutin du 12 juin dernier, c’est le bon vieux FLN, qui a raflé la majorité absolue au Parlement. Et c’est donc l’ex parti unique qui est chargé de former le gouvernement, au grand dam des Frères qui se sont vus obligés de redevenir ‘‘opposants’’ au Président Tebboune, après avoir chanté ses louanges durant de longs mois. Il est vrai que les adeptes de Hassan al-Banna, le fondateur égyptien de la confrérie des Frères musulmans, rompus à l’art de Taqqiya et du double langage, ne sont plus à une contradiction près !

Certes, le revers subi par les Frères algériens n’a pas eu lieu dans des conditions démocratiques optimales. Celui infligé aux Frères musulmans tunisiens ne l’est pas davantage. Du moins du point de vue formel. À la suite d’un mouvement de grogne populaire né d’un ras-le-bol généralisé dû à la corruption, au clientélisme et à l’incompétence politique et administrative des islamistes au pouvoir, le Président Kaïs Saïed est intervenu pour geler la constitution, démettre le gouvernement et dissoudre le parlement. Des mesures radicales qui ne se sont pas trop encombrées de formalités légales et constitutionnelles (le Président tunisien est pourtant professeur de droit constitutionnel), mais qui ont soulevé un surprenant élan de soutien populaire.

Face à ce coup d’État institutionnel, le vieux leader du parti frères-musulman Ennahda, le cheikh Rached Ghanouchi, a alterné les tentatives de coup de force et les appels au dialogue. Au point de déconcerter même ses  plus fidèles adeptes. Tant et si bien, qu’au bout d’à peine deux mois, le parti islamiste a implosé. Et plus d’une centaine de ses cadres a démissionné collectivement après avoir tenté, en vain, de convaincre le vieux cheikh de quitter la direction du parti.

 

La terrible saison estivale des Frères musulmans maghrébins s’est achevée, le 8 septembre dernier, avec les législatives marocaines qui se sont soldées par une défaite cuisante du parti Frèriste PJD. Durant dix ans, ce parti islamiste a régné sans partage sur la vie parlementaire et gouvernementale marocaine. Or, à l’issue d’un scrutin qui s’est déroulé dans des conditions démocratiques incontestables, il n’a obtenu que 13 sièges, contre 125 dans la précédente législature !

Cette débâcle électorale des Frères musulmans marocains a définitivement sonné le glas des gouvernements islamistes arrivés au pouvoir, une décennie auparavant, dans le sillage des révoltes du ‘‘printemps arabe’’.