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Frères musulmans : la Choura déclare la guerre au Guide suprême



Le Guide général est l’autorité suprême au sein des Frères musulmans. Lors de la prestation d’allégeance (Bay’a), tout adhérant à la Confrérie doit jurer loyauté et obéissance au Guide. Cependant, l’autorité du Guide actuel, Ibrahim Mounir, vient d’être sérieusement remise en cause par une tentative de putsch inédite depuis la création de la Confrérie en 1928.

Par Atmane Tazaghart

Le 13 octobre dernier, dans un communiqué publié sur le site officiel des Frères musulmans (ikhwanonline.net), le porte-parole de la Confrérie, Tallaât Fahmi, annonçait que la Choura (conseil consultatif), réunie à Istanbul, venait de voter une motion portant sur l’éviction d’Ibrahim Mounir du poste de Guide général.

Le jour même, Mounir riposte par une déclaration vidéo, affirmant la nullité de son éviction au motif que « ceux qui l’ont ordonnée n’ont plus la qualité de membres de la Choura ». En effet, trois jours auparavant, le 10 octobre, le Guide avait annoncé la suspension, « en raison d’irrégularités administratives et financières », de l’ancien Secrétaire général (le n°2 dans la hiérarchie des Frères musulmans), Mahmoud Hussein et cinq de ses proches, membres de la Choura.

Dans la foulée, Ibrahim Mounir fait publier, à Londres, un nouveau communiqué au nom de la Choura, annulant celui émis à Istanbul, tout en congédiant le porte-parole, Tallaât Fahmi, qui l’avait rendu public. Le second communiqué renouvelle l’allégeance de la Choura à Ibrahim Mounir et appelle « à l’union et à l’arrêt des activités sources de discorde ».

Quelques jours plus tard, le Guide édicte un « protocole de dialogue avec les Frères œuvrant pour la discorde ». Une offre de dialogue qui est loin de mettre un terme au bras de fer qui oppose la nouveau Guide à l’ancien numéro 2 de la Confrérie. Car, ce conflit qui a éclaté au grand jour, à mi-octobre dernier, trouve ses racines dans une série de différends internes qui secouent la Confrérie depuis plus de cinq ans.

En février 2014, la Choura entérinait la création d’un ‘‘Comité de crise’’ suggéré par trois de ses membres (Mohamed Kamal, Mohamed Saâd Aliwa et Mohamed Taha Wahdan) au Guide (alors en clandestinité), Mahmoud Ezzat, qui a approuvé la proposition.

Ce comité installe ensuite à Istanbul un ‘‘Bureau de crise à l’étranger’’, sous l’égide d’Ahmed Abdelrahman, un proche de Mohamed Kamal, lié au Tanzim al-Dawli (Organisme international des Frères musulmans) basé à Londres. Ce ‘‘Bureau’’ s’est très vite retrouvé en conflit avec la ‘‘Ligue des Frères égyptiens à l’étranger’’, dirigée par le n°2 Mahmoud Hussein, elle aussi basée à Istanbul.

En mai 2016, le Guide Mahmoud Ezzat intervient pour mettre fin aux querelles entre les deux entités et ordonne la dissolution du ‘‘Bureau de crise’’. Le Guide étant, à l’époque, en clandestinité, Ahmed Kamal et ses proches mettent en cause l’authenticité de cette décision. Et pour mettre un terme à la discorde, le directeur de cabinet du cheikh Youssef al-Qaradhawi, Essam Tlima, intervient depuis Doha pour témoigner de l’authenticité de la décision attribuée au Guide.

Après des mois de dissensions, Mohamed Kamal et ses compagnons du ‘‘Bureau de crise’’ décident de faire dissidence. Ils créent, en décembre 2016, le ‘‘Front du bureau général’’ doté de sa propre Choura et d’un ‘‘Bureau d’orientation’’ à la tête duquel ils nomment, symboliquement, l’ancien Guide de la Confrérie, Mohamed Badie, emprisonné depuis août 2013 et condamné à mort en Égypte.

Ainsi, la ‘‘Ligue’’ du n°2 Mahmoud Hussein semblait remporter le bras de fer qui l’opposait au ‘‘Bureau de crise’’ et à travers celui-ci au Tanzim al-Dawli à Londres. Sauf qu’en septembre 2020, suite à l’arrestation du Guide Mahmoud Ezzat en Egypte, c’est le leader du Tanzim al-Dawli, Ibrahim Mounir, qui est désigné pour sa succession.

Sitôt nommé à la tête de la Confrérie, Mounir ordonne une médiation visant à réintégrer les dissidents du ‘‘Front du bureau général’’, dans un délai n’excédant pas 6 mois. Et pour contenter ces derniers, le Guide annonce la suppression du poste de Secrétaire général. Une façon indirecte d’évincer leur ‘‘frère ennemi’’, Mahmoud Husein, de son poste de n°2 de la Confrérie.

Hussein décidé de ne pas obtempérer et refuse de remettre à la nouvelle direction les dossiers dont il avait la charge (les finances et la gestion administrative de la Confrérie), au prétexte qu’il s’agit de prérogatives qui lui ont été attribuées par l’ancien Guide Mahmood Ezzat et que seul ce dernier est en mesure de l’en décharger.

Face à cette obstruction, Ibrahim Mounir ordonne, à la mi-octobre dernier, la suspension de Mahmoud Husein et cinq de ses proches. D’où la riposte de ces derniers en provoquant la décision de la Choura d’évincer le Guide.

L’annulation de cette éviction par les proches de Mounir est loin de mettre un terme au conflits au sein de la Choura. Car sur les 117 membres que comptait cette Choura en 2013, 53 ont été emprisonnés, 37 sont morts, 3 ont démissionné de leurs fonctions et un quatrième a été exclu. Seuls 23 membres de la Choura restent donc en activité, dont 10 sont très proches de Mahmoud Hussein. Ce dernier n’a donc pas encore dit son dernier mot !